🧊Votre frigo ne vous vend pas du lait. Il vous observe choisir.


👋 Reader

Il y a quelques années, le frigo était ce meuble blanc, vaguement bruyant, dont la mission principale consistait à garder une salade verte en vie trois jours de plus que prévu.

Aujourd’hui, il peut scanner son contenu, vous rappeler que les yaourts vont bientĂŽt arriver Ă  expiration, (re)commander du lait, proposer une recette, afficher l'agenda familial, dialoguer avec une application ou un autre objet connectĂ© et, pour certains, devenir un petit Ă©cran publicitaire posĂ© entre les carottes rĂąpĂ©es et la moutarde.

Le progrĂšs, donc.
Enfin
 le progrĂšs avec une bonne connexion Wi-Fi et des conditions gĂ©nĂ©rales d’utilisation aussi longues que la quantitĂ© de noms figurant dans le bottin des pages jaunes (#boomer).

Du coup, je m'interroge : Ă  partir de quand un objet qui vous rend service commence-t-il Ă  vous influencer ?

Parce que le sujet ne porte pas seulement sur "le frigo" connecté, c'est aussi :

  • La montre qui vous fĂ©licite quand vous avez atteint un nouveau record sportif.
  • La voiture qui connaĂźt vos trajets et Ă©vite les embouteillages.
  • Le thermostat qui apprend de vos habitudes et rĂšgle la tempĂ©rature.
  • L’enceinte qui Ă©coute vos demandes pour lancer votre playlist "Chill Music in Manhattan Coffee-shop".
  • La tĂ©lĂ©vision qui observe les sĂ©ries que vous regardez pour vous recommander la prochaine comĂ©die romantique corĂ©enne.
  • La machine industrielle qui remonte les donnĂ©es d’usage et votre badge d’accĂšs qui sait quand vous arrivez ; ou pas.

ConcrĂštement, les objets ne sont plus "uniquement" des objets.
Ils sont devenus des interfaces.

Et une interface, dans notre monde merveilleux du phygital, finit rarement par rester silencieuse trĂšs longtemps.

Le jour oĂč les objets ont cessĂ© d’ĂȘtre muets

Pendant longtemps, le digital était assez facile à situer.
Il y avait le monde rĂ©el : le magasin, le bureau, la voiture, la cuisine, l’usine.
Et puis il y avait le monde numĂ©rique : le site web, l’application mobile, l’email, les rĂ©seaux sociaux, le CRM.

Deux mondes séparés, avec quelques passerelles pratiques.
Aujourd’hui, dans notre monde phygital, le numĂ©rique s’est glissĂ© dans les objets physiques.
Non pas comme une surcouche dĂ©corative, mais comme une mĂ©canique de captation d'infos, d’analyse et d’interaction.

La CNIL rappelle que les objets connectĂ©s se sont installĂ©s dans de nombreux usages du quotidien (confort domestique, activitĂ© physique, santĂ©...) et parce qu’ils gĂ©nĂšrent beaucoup de donnĂ©es, ils posent des questions trĂšs concrĂštes de sĂ©curitĂ©, de vie privĂ©e et de maĂźtrise par l’utilisateur.

Dit autrement : quand votre objet devient connectĂ©, il cesse d’ĂȘtre seulement Ă  vous.
Il appartient aussi, un peu :

  • À son fabricant
  • À l’application qui le pilote
  • À l’écosystĂšme qui l’exploite
  • Aux partenaires qui peuvent avoir accĂšs Ă  certaines donnĂ©es

L’objet connectĂ© ne vend pas seulement un service. Il vend un moment

Prenons le frigo connecté.

Sur le papier, il rend service.

  • Il sait ce qu’il contient
  • Il aide Ă  Ă©viter le gaspillage
  • Il propose des recettes
  • Il facilite les courses
  • Il peut recommander un produit

LĂ , rien de choquant.

Sauf que, d'un point de vue marketing, le frigo intervient au moment prĂ©cis oĂč le besoin se forme.
Et ce, pas au travers d'une banniÚre publicitaire affichée entre deux articles sur la productivité et une vidéo de chat effrayé devant un concombre.

Le frigo est toujours lĂ , chez vous, dans votre cuisine, lorsque vous vous demandez ce que vous allez prĂ©parer pour le dĂźner, ce qu’il manque, ce qu’il faut racheter.

C’est un point de contact absolument stratĂ©gique !

Dans une dĂ©marche marketing classique, on rĂȘve tous d’ĂȘtre prĂ©sent au bon moment, avec le bon message, pour la bonne personne, sur le bon canal.

L’objet connectĂ©, lui, est prĂ©cisĂ©ment ce canal disponible pour adresser les bons messages, aux bonnes personnes au bon moment.

Bienvenue dans l’économie de l’interaction permanente

Avant, une marque devait attendre que vous veniez Ă  elle.

  • Vous alliez en magasin
  • Vous cherchiez sur Google
  • Vous ouvriez une newsletter
  • Vous contactiez un commercial

Aujourd’hui, certains objets peuvent prendre l’initiative.

  • Votre montre vous pousse Ă  enfiler une paire de baskets de running
  • Votre voiture vous signale un entretien technique
  • Votre enceinte vous propose un abonnement Ă  une plateforme de streaming
  • Votre TV connectĂ©e peut personnaliser les publicitĂ©s

Le marketing ne se contente donc plus d’attendre le clic.
Il s’invite dans la cuisine, le salon, la voiture, au poignet...
En clair : le point de contact n’est plus un Ă©cran, c’est "une situation".
Et cette situation peut devenir une opportunité commerciale.

Le piÚge : confondre utilité et intrusion

C’est lĂ  que les choses deviennent intĂ©ressantes.

Parce qu’un objet connectĂ© peut ĂȘtre trĂšs utile.

  • Un thermostat qui rĂ©duit la facture Ă©nergĂ©tique, personne ne va se plaindre
  • Une montre qui dĂ©tecte une anomalie de santĂ©, on comprend l’intĂ©rĂȘt
  • Une machine industrielle qui prĂ©vient une panne, c’est concret

Le problùme ce n’est pas la data.
Le problĂšme, c’est l’intention derriĂšre la donnĂ©e.

Est-ce que l’objet aide vraiment l’utilisateur ?
Ou est-ce qu’il le pousse vers l'acte d'achat ?

Est-ce qu’il simplifie une action ?
Ou est-ce qu’il transforme chaque instant en occasion de vendre ?

Est-ce qu’il crĂ©e de la confiance ?
Ou est-ce qu’il donne cette impression dĂ©sagrĂ©able d'avoir un commercial coincĂ© dans notre grille-pain ?

Personne n’a envie que son lave-linge lui fasse du retargeting à 7h42.

Le changement opéré par le Data Act

Depuis le 12 septembre 2025, le rĂšglement europĂ©en sur les donnĂ©es, le Data Act, s’applique dans l’Union europĂ©enne. Il donne aux consommateurs et aux utilisateurs professionnels d’objets connectĂ©s davantage de contrĂŽle sur les donnĂ©es gĂ©nĂ©rĂ©es par leurs appareils : voitures, montres, tĂ©lĂ©viseurs intelligents, machines industrielles, services associĂ©s, etc.

La CNIL prĂ©cise que ce rĂšglement couvre les donnĂ©es produites par l’utilisation des objets connectĂ©s et des services associĂ©s, qu’elles soient personnelles ou non. Les utilisateurs peuvent notamment demander l’accĂšs aux donnĂ©es gĂ©nĂ©rĂ©es par leur objet ou par le service liĂ©.

Jusqu’ici, l’objet connectĂ© avait souvent tendance Ă  fonctionner comme une boĂźte noire : vous l’utilisez, il produit des donnĂ©es, quelqu’un les exploite, et vous espĂ©rez vaguement que tout cela reste raisonnable.

Avec le Data Act, l’idĂ©e est de rééquilibrer le rapport de force : l’utilisateur ne doit plus seulement produire la donnĂ©e. Il doit pouvoir y accĂ©der, la comprendre, la partager, parfois la valoriser.

Pour les particuliers, c’est une question de contrîle.
Pour les entreprises, c’est aussi une opportunitĂ©.

Une PME équipée de machines connectées, de capteurs ou de logiciels liés à des équipements ou dispositifs terrain peut commencer à se demander :

  • Que disent rĂ©ellement nos usages ?
  • Qu’est-ce qui pourrait amĂ©liorer notre service ?
  • Quels signaux faibles annoncent un besoin client ?
  • Quelles donnĂ©es pourraient nourrir notre relation commerciale, notre SAV, notre fidĂ©lisation, notre innovation ?

L'objet connecté sert ici la stratégie.

Le risque pour les entreprises : devenir techniquement intelligentes et insupportables dans la relation client

La donnée donne du pouvoir.
Mais elle ne donne pas automatiquement du tact.

Un exemple simple : savoir qu’un client utilise de moins en moins l'un de nos services peut nous permettre de l’aider Ă  rĂ©pondre plus prĂ©cisĂ©ment Ă  ses besoins.
TrĂšs bien.

Mais lui envoyer trois emails automatiques, deux notifications, un appel commercial et un questionnaire de satisfaction parce qu’il n’a pas cliquĂ© depuis huit jours, c’est moins du marketing relationnel que du harcĂšlement en mode SaaS.

Une donnée utile doit permettre de mieux servir, pas seulement de mieux vendre.

Avant de se lancer dans l'IOT (Internet Of Things, le monde des objets connectés) une entreprise devrait se poser quelques questions trÚs basiques :

  • Qu’est-ce que je collecte ?
  • Pourquoi ?
  • Pour amĂ©liorer quelle expĂ©rience ?
  • Avec quel consentement, quelle transparence ?
  • Avec quelle valeur pour le client ?
  • Et surtout : est-ce que j’aimerais moi-mĂȘme ĂȘtre traitĂ© de cette maniĂšre ?

Et comme souvent en marketing, ce n’est pas parce qu’on peut parler au client tout le temps qu’on a quelque chose d’intelligent à lui dire.

En résumé

Votre frigo ne vous connaĂźt peut-ĂȘtre pas encore mieux que votre famille.
Mais il pourrait bientÎt connaßtre vos habitudes alimentaires, vos horaires, vos marques préférées, vos oublis récurrents, vos grignotages du jeudi soir devant Netflix et votre passion inexplicable pour les galettes de soja saveur hibiscus.

Tout ça pour vous accompagner naturellement vers l'acte d'achat.
Sans vous en rendre compte.

Alors doit-on réellement connecter tous ces objets ?
Ou devons-nous nous interroger sur la relation que l'on souhaite créer avec les objets connectés ?


Philippe Gastaud ‱ Consultant Marketing Digital​
​philippe@e-strategic.fr ‱ 06.60.65.49.90 ‱ www.e-strategic.fr​
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