Resending: Vous pensiez faire vos courses 🛒 ? Le magasin vous Ă©tudiait.


👋 Reader

Vous entrez dans un magasin pour acheter du café.

Vous passez devant une nouvelle machine expresso, ralentissez devant les promotions, prenez un paquet en main, regardez son prix, puis vous le reposez pour choisir finalement votre marque habituelle.

Une scĂšne parfaitement banale.

Sauf que le magasin, lui, a peut-ĂȘtre pris des notes 😈

Il peut savoir que vous ĂȘtes entrĂ© Ă  12 h 17, que vous avez passĂ© quarante secondes dans le rayon, que vous avez hĂ©sitĂ© devant deux produits et que la promotion placĂ©e Ă  hauteur des yeux n’a manifestement pas gĂ©nĂ©rĂ© l’effet espĂ©rĂ©.

Vous pensiez faire vos courses.

Le magasin faisait peut-ĂȘtre son Ă©tude de marchĂ©.

Quand le point de vente devient un site web

Sur un site Internet, presque tout peut ĂȘtre mesurĂ© :

  • les pages consultĂ©es ;
  • les produits regardĂ©s ;
  • les clics ;
  • le temps passĂ© ;
  • les abandons de panier ;
  • les Ă©tapes qui font fuir les visiteurs.

Pendant longtemps, le magasin physique est resté beaucoup moins bavard.

Un commerçant pouvait compter les passages en caisse, observer les rayons ou interroger quelques clients. Mais une grande partie du parcours restait invisible.

Pourquoi cette personne s’est-elle arrĂȘtĂ©e ?
Qu’a-t-elle regardĂ© ?
A-t-elle hésité ?
Pourquoi a-t-elle reposé le produit ?

Les caméras augmentées promettent de combler ce trou dans la raquette.

Contrairement Ă  une camĂ©ra de vidĂ©osurveillance classique, elles ne se contentent pas d’enregistrer des images. Une couche logicielle peut analyser automatiquement des silhouettes, des objets, des mouvements ou certains Ă©vĂ©nements.

Autrement dit, le magasin physique découvre progressivement son taux de clic.

video preview​

Votre hésitation devient une donnée

Selon les dispositifs utilisés, un commerce peut chercher à mesurer :

  • la frĂ©quentation d’une zone ;
  • le parcours des visiteurs ;
  • le temps passĂ© devant un rayon ;
  • les produits pris et ceux reposĂ©s ;
  • les files d’attente ;
  • l’utilisation des caisses automatiques ;
  • l’efficacitĂ© d’un prĂ©sentoir ou d’une promotion.

Certains systĂšmes peuvent Ă©galement estimer des caractĂ©ristiques comme une tranche d’ñge. D’autres prĂ©tendent analyser l’attention, voire les Ă©motions.

Ce qui ouvre un champ marketing particuliÚrement intéressant.

Un rayon peu frĂ©quentĂ© peut ĂȘtre dĂ©placĂ©.
Une vitrine peut ĂȘtre testĂ©e.
Le nombre de vendeurs peut ĂȘtre ajustĂ© en fonction des flux.
Un parcours peut ĂȘtre simplifiĂ©.

Sur le papier, nous retrouvons les outils du web analytique, mais avec des caddies.

Le problùme, c’est qu’un magasin n’est pas tout à fait un site Internet.

Dans un navigateur, un bandeau relatif aux cookies — parfois aussi accueillant qu’un formulaire de dĂ©claration fiscale — nous rappelle au moins qu’une collecte peut avoir lieu.

Dans un magasin, l’analyse est beaucoup moins visible.

La caméra est là.

Le logiciel, lui, ne se voit pas.

La caméra ne fait plus que filmer

C’est prĂ©cisĂ©ment ce qui prĂ©occupe la CNIL.

Ces systĂšmes peuvent conduire Ă  une analyse massive de caractĂ©ristiques physiques ou comportementales, parfois sans que les personnes aient rĂ©ellement conscience du traitement effectuĂ©. La CNIL cite notamment le cas d’un magasin qui analyserait l’humeur de ses clients afin de leur prĂ©senter des publicitĂ©s adaptĂ©es.

Imaginons la scĂšne.

Vous avez mal dormi.
Vous froncez les sourcils devant le prix d’un produit.
Une camĂ©ra en dĂ©duit que vous ĂȘtes contrariĂ©.
Un écran vous propose alors une offre supposée améliorer votre humeur.
Ce n’est plus tout Ă  fait de la publicitĂ© ciblĂ©e.
C’est du commerce qui essaie de profiter de votre lundi matin.

Compter anonymement le nombre de personnes dans un rayon n’est pas Ă©quivalent Ă  reconnaĂźtre un visage, suivre un individu ou tenter d’interprĂ©ter son Ă©tat Ă©motionnel.

La question n’est donc pas simplement : « Y a-t-il une camĂ©ra ? »

Mais plutÎt : Que cherche-t-elle à déduire ?

MĂȘme la caisse automatique vous observe

Les caméras augmentées sont aussi utilisées à certaines caisses automatiques.

Installées au-dessus de la zone de paiement, elles peuvent filmer le client, son panier, les produits et la zone de scan afin de détecter une éventuelle erreur ou un article non enregistré.

L’objectif est comprĂ©hensible : limiter la fraude et les pertes.

Mais lĂ  encore, l’efficacitĂ© technique ne dispense pas d’informer les clients.

La CNIL recommande un affichage clair dans le magasin ainsi qu’une information directement sur l’écran de la caisse. Elle indique Ă©galement que la possibilitĂ© d’utiliser une caisse dĂ©pourvue de camĂ©ra augmentĂ©e peut constituer un moyen d’exercer son droit d’opposition.

VoilĂ  donc une nouvelle Ă©tape dans l’histoire du libre-service.

Hier, le client scannait lui-mĂȘme ses achats.

Aujourd’hui, une camĂ©ra vĂ©rifie qu’il effectue correctement le travail auparavant rĂ©alisĂ© par le magasin.

Le progrĂšs sait parfois dĂ©lĂ©guer avec beaucoup d’élĂ©gance.

L’illusion de la connaissance client

Pour les professionnels du marketing, ces technologies sont tentantes.

Elles donnent l’impression d’accĂ©der enfin Ă  une vision complĂšte du parcours client, depuis l’entrĂ©e dans le magasin jusqu’au passage en caisse.

Mais mesurer un comportement ne signifie pas le comprendre.

Une caméra peut détecter que vous avez reposé un produit.
Elle ignore pourquoi.

Le prix vous a-t-il semblé trop élevé ?
L’emballage vous a-t-il dĂ©plu ?
Avez-vous reçu un message urgent ?
Vous ĂȘtes-vous souvenu qu’il en restait Ă  la maison ?
Avez-vous simplement changĂ© d’avis ?

La donnée observe le geste.
Elle ne connaüt pas toujours l’intention.

Et c’est lĂ  que les tableaux de bord deviennent parfois trompeurs : plus ils sont prĂ©cis, plus ils donnent l’impression d’expliquer le rĂ©el.

Une courbe de frĂ©quentation peut montrer qu’un rayon fonctionne mal.

Elle ne dira pas nĂ©cessairement que les clients ne comprennent pas l’offre, que le vendeur emploie un vocabulaire trop technique ou que les produits ne rĂ©pondent tout simplement pas Ă  leurs besoins.

Pour découvrir cela, une technologie encore assez ancienne reste utile : parler aux gens.

Ce que cela dit de notre quotidien phygital

Le commerce physique adopte peu à peu les réflexes du numérique.

Le visiteur devient un parcours.
Le rayon devient une page.
Le produit pris en main devient un clic.
Le passage en caisse devient une conversion.
Et l’hĂ©sitation devient un signal Ă  optimiser.

Cette évolution peut rendre les magasins plus fluides, mieux organisés et plus adaptés aux usages réels.

Mais elle peut aussi transformer chaque comportement en donnée exploitable, sans que nous sachions précisément ce qui est observé.

Le risque n’est pas seulement d’ĂȘtre filmĂ©.
Nous le sommes déjà dans de nombreux lieux.

Le vĂ©ritable changement, c’est que les images peuvent dĂ©sormais ĂȘtre interprĂ©tĂ©es automatiquement, Ă  grande Ă©chelle et en temps rĂ©el.

La camĂ©ra ne regarde plus seulement ce qui s’est passĂ©.
Elle cherche Ă  comprendre ce que vous ĂȘtes en train de faire.
Parfois mĂȘme avant que vous ne l’ayez dĂ©cidĂ© vous-mĂȘme.

Clé phygitale

Dans un monde phygital, le magasin ne se contente plus de vendre des produits.
Il mesure des trajectoires, analyse des gestes et transforme l’espace physique en interface.

Mais aucun outil, aussi sophistiqué soit-il, ne remplacera complÚtement la compréhension humaine.

On peut compter les visiteurs.
Suivre leurs déplacements.
Mesurer leurs arrĂȘts.
Repérer leurs hésitations.

Mais entre savoir ce qu’un client a fait et comprendre pourquoi il l’a fait, il reste un espace essentiel.

C’est prĂ©cisĂ©ment dans cet espace que se construit une vĂ©ritable stratĂ©gie marketing.

PS : la prochaine fois que vous reposerez discrĂštement un produit dans un rayon, faites-le avec Ă©lĂ©gance. Vous participez peut-ĂȘtre Ă  l’entraĂźnement d’un algorithme.


Philippe Gastaud ‱ Consultant Marketing Digital​
​philippe@e-strategic.fr ‱ 06.60.65.49.90 ‱ www.e-strategic.fr​
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